La La Land de la renaissance de la comédie musicale

Après avoir commencé cette année du blog par l’animation et son affirmation en tant que genre du cinéma, voici un genre qui revient triomphalement sur le devant de la scène : La comédie musicale. D’ailleurs il n’est pas si étranger à une certaine forme d’animation. Et oui, je ne pouvais pas passer à coté de ce film, qui détient déjà un record de nominations aux oscars et que tous ont sur les lèvres : La La Land. Je dois avouer que le marketing fait sur ce film, les affiches qui nient votre libre arbitre, m’ont tout d’abord échaudée, mais je ne pouvais pas résister à un de me premiers amours. Avant même Hitchcock mes idoles s’appelaient Gene Kelly, Franck Sinatra, Fred Astaire, Ginger Rogers, Cid Charisse, Leslie Caron… je connais encore par coeur West Side StoryLes demoiselles de Rochefort. Donc forcément impossible de lutter, j’ai donc fait la queue pour entrer dans la salle obscure et me laisser emporter ou non.

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Verdict, entre tradition et modernisme, c’est un véritable renouveau du genre aussi jubilatoire et entraînant que ses illustres aînées. Si les numéros de danses ne sont pas aussi spectaculaires que ceux de Gene Kelly ou Fred Astaire on gagne sur le scénario, la mise en scène. Nous ne sommes plus face à des danseurs acteurs mais à des acteurs qui nous emportent dans leurs rêves. Avec en prime de belles chansons originales qui pourraient bien elles aussi rester dans les mémoires.

Voilà la critique à chaud, histoire de ne pas trop faire durer le suspens. Je reviens à la tradition de l’évocation des premières minutes du film avant d’analyser plus en détail ce renouveau du genre.

Focus sur les premières minutes du film

Au départ une route et des voitures à perte de vue, la caméra longe l’asphalte pour nous faire voir les voitures de coté et écouter les musiques que chaque conducteur écoute à la manière d’une radio dont on chercherait la station. La caméra s’arrête sur une voiture et une jeune femme, la musique devient mélodie jazzy pour accompagner la chanson de la jeune femme qui sort alors de sa voiture en dansant. Les conducteurs proches de la jeune femme poursuivent la chanson en entonnant leur couplet. Bientôt ce sont des dizaines de conducteurs sorties de leur véhicule qui entament une chorégraphie sur le tarmac. Le décor est planté, le chant nous parle de rêve de gloire à Los Angeles sur un ton joyeux et insouciant, le titre du film peut apparaître ainsi que ses deux protagonistes. Lui à bord d’une vieille décapotable tournant sa radio pour capter un morceau de jazz, elle au téléphone ne voyant pas que la file vient de redémarrer. Il est contraint de la dépasser un peu furieux, elle répond par une insulte. Leur seconde rencontre ne sera pas des plus romantiques, mais il reste à connaitre chacun des protagonistes et leur rêve avant que l’étincelle s’allume. Je ne vous en dirais pas plus, les premières rencontres chaotiques s’inscrivent dans la tradition de la comédie romantique et la comédie musicale, à l’image de Rendez-Vous ou Quand Harry rencontre Sally pour ne citer qu’eux.

Dans les codes et la tradition de la comédie musicale

La question de la tradition est en réalité un élément important du film que je souhaite à présent voir avec vous. Ce qui donne à ce film le pouvoir de renouveler un genre qui n’était plus réellement prisé par les spectateurs, vient justement dans sa volonté de s’inscrire dans ce genre en appliquant ses codes, tout en les modernisant.

Si Baz Lurman avec Moulin Rouge a tenté ce renouveau, celui-ci n’était pas absolument assumé, les chansons du films reprenant des standards pop, pour en quelque sorte donner au spectateur un élément connu. Chicago reprenait quand à lui une comédie musicale qui triomphait déjà à Broadway tout comme les Mis avec un peu mois de succès populaire. La comédie musicale a persisté en réalité dans les films d’animation de Disney depuis la Petite Sirène. C’est d’ailleurs avec l’arrivé de scénariste venus de la comédie musicale que Disney marque son retour dans les années 1990 avec La Petite sirène ou La belle et la bête. Le genre était donc bien présent dans l’animation, mais pas encore totalement assumée donc dans les films, la plupart des films musicaux des années 1990 – 2000 hormis ceux cités plus haut étant des biopics.

La La Land marque donc ce renouveau en offrant au spectateur un scénario original.  Chaque chanson crée pour le film vient matérialiser les sentiments des acteurs, comme au temps de l’âge d’or de la comédie musicale. En effet la comédie musicale prend son essor et révèle de grands noms quand les chansons ne sont pas seulement là pour accompagner un numéro musical, mais fait partie prenante du film, à l’image de Gene Kelly qui chante Singing in the rain après sa rencontre avec Debbie Reynolds, ou Tony chantant Maria dans les rues de New York. Des chansons qui font partie prenante du film mais aussi des numéros dansés et des parties purement instrumentales sont aussi un des éléments qui inscrivent La la land dans la tradition. La chanson qui annonce le film au début, peux être retrouvée dans Un jour à New York qui s’ouvre sur les docks, les parties instrumentales et dansées font référence à Chantons sous la pluie ou Un américain à Paris avec leurs fabuleux ballets. Le sujet même du film, qui montre l’envers du décor et parle de rêve d’artiste est un sujet propre aux comédies musicales de l’âge d’or, Chantons sous la pluie et l’essor du cinéma parlant, Tous en scène et l’envers d’un show théâtral.

Hommage et déclaration d’amour

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Une volonté de s’inscrire dans la tradition qui s’accompagne ici d’un bel hommage à Jacque Demy et Michel Legrand. Les premières notes qui accompagne le numéro de danse du début font référence au numéro de danse qui ouvre les Demoiselles de Rochefort. Les automobilistes ont remplacé la troupes de forains pour danser sur le capot des voitures, mais la mélodie, les notes de piano pourraient être du Michel Legrand. Le film qui se déploie sur les saisons fait penser à la chanson d’un jour d’été qui clôt les Demoiselles. Le film est aussi très proche des Parapluies de Cherbourg et lui fait même un clin d’oeil, le décor qui fait face au café dans lequel Mia travail porte sur sa dévanture le simple mot de “parapluies”. La légèreté de la musique avec ses notes de jazz s’inspire clairement de Michel Legrand.

Nous avons beaucoup parlé de tradition, d’hommage, mais il reste un élément qui donne au film toute son originalité et en fait presque un manifeste, c’est le jazz. C’est une véritable déclaration d’amour au jazz et à ses icônes qui se jouent à l’écran avec le personnage principal. Non seulement dans les propos de l’acteur qui lutte pour faire vivre le jazz, mais aussi dans la mise en scène quand l’écran s’assombrit pour ne montrer que les doigt qui courent sur le piano ou le solo d’un saxophoniste. C’est dans cette déclaration que réside une partie du modernisme de La La Land.

Nous sommes donc face à la comédie musicale des années 2000, elle s’inscrit avec modernisme dans la longue tradition des comédies de l’âge d’or et vient les ressusciter à l’image du héro qui milite pour faire vivre le jazz.

L’exemple fera t-il école ? qui sait…c’est peut être en effet un genre qui manquait face au réalité du monde pour donner du rêve et quelques étoiles dans les yeux.

 

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