Casablanca chef-d’oeuvre d’un cinéaste méconnu ?

Retrouver le cours normal du blog et les analyses de film, mais rester encore un peu avec Paris et la résistance. En septembre je voulais ouvrir le blog par Casablanca à l’image de la naissance du blog sous les hospices de Bogart et Bacall avec le Port de l’angoisse. En ce début de mois de décembre alors que le blog reprend ses droits, l’analyse de Casablanca que j’avais différé pour mieux m’informer, prend un nouveau sens. Casablanca, une des plus mythique histoire d’amour du cinéma américain, avec Paris comme symbole de l’amour et sa réplique devenu depuis culte ” We will always have Paris”. Casablanca, un film de résistance face à l’oppresseur sur le plateau et hors du plateau. Casablanca le film d’un réalisateur quelque peu oublié qui intrigue et fascine.

A scene still from the 1943 Academy Award®-winning film "Casablanca" features (l to r) Humphrey Bogart, Claude Rains, Paul Henried and Ingrid Bergman. Bogart received an Academy Award nomination in the Lead Actor category while Claude Rains was honored with a nomination in the Supporting Actor category. "Casablanca" received eight Academy Award nominations in total and won three Oscars® including Best Picture. Restored by Nick & jane for Dr. Macro's High Quality Movie Scans Website: http:www.doctormacro.com. Enjoy!

A scene still from the 1943 Academy Award®-winning film “Casablanca” features (l to r) Humphrey Bogart, Claude Rains, Paul Henried and Ingrid Bergman. Bogart received an Academy Award nomination in the Lead Actor category while Claude Rains was honored with a nomination in the Supporting Actor category. “Casablanca” received eight Academy Award nominations in total and won three Oscars® including Best Picture. Restored by Nick & jane for Dr. Macro’s High Quality Movie Scans Website: http:www.doctormacro.com. Enjoy!

Avant d’entrer au coeur du film et de son histoire, retour sur le synopsis du film.

Le film s’ouvre sur une carte de l’Europe et de l’Afrique, sur l’exil face au nazi. La ville de Casablanca est tout à la fois synonyme d’espoir, d’attente et de désespoir. Porte vers le Portugal et l’Amérique son précieux sésame n’est pas si aisé à avoir et nombre d’exilés errent dans ses rues sans espoir. Toutes ces attentes, ces espoirs se cristallisent chez Rick, le lieu où chacun se rassemble alliées et allemands pour boire un verre ou jouer, bien que le jeu soit prohibé, la police elle-même est une habituée du lieu. La tranquillité apparente du lieu est alors troublée par le meurtre d’un allemand porteur de laisser-passer et l’exécution de celui qui l’a commis. Personnage un peu trouble que connaît Rick alias Humphrey Bogart et qui lui a confié les fameux laisser-passer avant de se faire arrêter. En possession de ce précieux sésame Rick excite les convoitises. Mais le coeur de l’intrigue n’est pas là, il apparaît sous les traits de la femme d’un chef de la résistance ayant eu connaissance des laisser-passer : Ilsa sous les traits d’Ingrid Bergman. Quand apparaît Ilsa le film bascule, elle reconnaît Sam le joueur de piano lui demande sa chanson qu’il fait mine de ne plus connaître…la suite vous la connaissez ou vous allez vous précipiter pour la connaître, il sera question d’amour forcément, de Paris, de résistance et d’amitié.

Il est temps à présent de se plonger dans l’analyse du film, de son contexte et de son réalisateur.
filmdaily_Casablanca

L’armée a Casablanca et la Warner aussi ! The film daily, oct-dec 1942

Commençons d’abord par le contexte même du film, Casablanca film sur la résistance et lui même un acte de résistance et de combat. Le film doit sortir en 1942, sa date de sortie est d’ailleurs reportée de la fin du printemps à novembre pour bénéficier de la présence de Casablanca dans les gros titres des journaux après l’arrivée des alliés dans la zone occupée en novembre 1942. Il sort pendant Thanksgiving à New-York en fanfare après une parade sur la Ve avenue des leader de la France libre, le drapeau Français est alors déployé pour la première fois aux Etats-Unis depuis la chute de Vichy. Au delà de sa sortie, la résistance est présente au coeur même du plateau : Robert Aisner conseiller technique avait servi sur la ligne Maginot et échappé d’un camp de concentration par Casablanca. Les acteurs Helmut Dantine était échappé d’un camps et Madeline Lebeau qui entonne avec émotion la Marseillaise avait aussi fuit la France. Dans les 34 nationalités qui jouent dans le film la plupart sont des réfugiés. Nous sommes donc face à un film hors norme, construit jour après jour, dont la légende veut que la fin était inconnue de ses acteurs et de son réalisateur même.

 

film-casablanca

Tournage de Casablanca

Ce contexte, interroge sur la personne même du réalisateur qui face à un tournage qualifié de “débandade la plus totale” par l’historien du cinéma Christian Viviani, livre un sommet de perfection de la mise en scène en passant par les dialogues. Une oeuvre, qui vaudra à son réalisateur l’oscar du meilleur film et est considérée comme un des plus grands films de tous les temps.
Contrairement à ce que l’on pourrait penser son réalisateur Michael Curtiz, ne fait pas partie des réalisateurs que l’on étudie, qui sont au panthéon des critiques de cinéma tel Bogdanovitch ou Truffaut, il y a très peu d’écrit sur lui et à ce jour aucun livre sur l’ensemble de son oeuvre. Pour connaitre un peu mieux ce réalisateur, j’ai eu la chance de tomber sur la conférence de Christian Viviani, enregistrée à Lyon à l’institut Lumière, je vous la recommande chaudement dans son intégralité. Voici quelques pistes sur le réalisateur qui nous permettent de mieux comprendre ce qui fait de Casablanca un chef d’oeuvre.
Tout d’abord Curtiz est délaissé car trop prolifique, il est pour certain vu comme un artisan et non comme un artiste ; avec 3 à 4 films par an dans sa période de grande activité il passe pour l’homme à tout faire de la Warner. Curtiz c’est aussi la caricature du réalisateur étranger maltraitant ses acteurs. D’origine Hongroise, il débute dans son pays natal avec un certain succès mais il avec la guerre il doit quitter la Hongrie pour l’Autriche. En Autriche il réalise un gros succès qui va attirer l’attention des magnats d’Hollywood. Ils avaient en effet pour principe d’engager les réalisateurs étrangers qui pourraient leur faire de l’ombre, ce fut le cas de Lubitsch, c’est aussi le cas de Curtiz. Engagé en Amérique, la langue sera toujours un problème pour lui et il ne se corrigera jamais. Le thème de l’exil est donc très présent dans son oeuvre, il forme d’ailleurs le coeur même de l’intrigue de Casablanca.
Si le personnage de Curtiz vire à la caricature, l’artiste va faire le prestige de la Warner et d’autres réalisateurs seront envoyés sur son plateau pour apprendre. C’est donc un cinéaste qui a touché à tous les genres, quand je vous dirais qu’un des ces films les plus connus n’est autre que Robin des bois avec Errol Flynn, vous aurez compris que son champs d’action n’avait pas vraiment de limite. Malgré cette profusion il a su mettre sa patte sur chacun de ses films et s’approprier le film de studio.
La part artistique de Curtiz réside dans l’image, la maîtrise du clair obscur, les grands mouvements de caméra qui vont devenir sa signature et le montage. Il est à l’origine d’invention visuelle comme les plans subjectifs quand la caméra vient se substituer au regard du personnage. Les vrais conflits chez Curtiz sont intérieurs et le paysage est alors un univers mental. Curtiz est avant tout un grand metteur en scène, il sait raconter une histoire en image et sait que les images racontent leur propres histoires.
Je ne résiste pas à l’envie de vous parler de la scène de Casablanca analysée par Christian Viviani. Je ne dévoilerais pas trop le film en vous disant que Casablanca est un triangle amoureux entre Bogart, Ingrid Bergman et le mari d’Ingrid qui est un grand résistant. Une des scènes qui fait basculer le film, dont je vous ai un peu parlé, c’est la scène de la Marseillaise, c’est précisément celle-ci que prend Christian Viviani en exemple de scène typique du travail de Curtiz. Quand les allemands entonnent le chant nazi, le mari d’Ingrid Bergman fait jouer la Marseillaise à l’orchestre, mais ce n’est pas lui qui donne le signal à l’orchestre, il ne vont jouer que sous l’accord de Bogart le propriétaire du Bar. Hors Curtiz avait demandé à Bogart de faire un plan rapide qu’il utiliserait pour faire des raccords. Il devait faire un signe, hors c’est justement ce signe qui est ajouté au plan avant que l’orchestre joue. C’est donc le moment où Bogart fait un premier acte de résistance, ce qui plongera Ingrid Bergman dans la confusion la plus totale entre un mari qu’elle admire et un ancien amour tout aussi digne d’admiration. Ce simple geste prend donc tout son sens au montage du film.

Ces quelques pistes sur Curtiz, nous éclaire sur Casablanca et nous donne envie de plonger dans ses autres films. Ce que je ferais surement dans le cours du blog. Je vous laisse donc en compagnie de Curtiz et Christian Viviani. Nous retrouverons bientôt notre cycle hitchcock et bien d’autres grands films classiques et animations.
Pour aller plus loin
Voici l’intégrale de la conférence de Christian Viviani sur Curtiz

You may also like...

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *