Dans un recoin de ce monde, une tendresse déchirante

Suzu petite fille rêveuse remplace son frère pour aller faire les livraisons de la famille, on découvre la ville d’Hiroshima, une ville des années trente avec ses bâtiments, son fleuve, les passants. La petite fille s’égare dans la grande ville et rencontre un vieux monsieur et un petit garçon qu’elle va aider. Entre rêve et réalité le film commence, avec les dessins de Suzu pour sa petite sœur pour lui raconter comment elle s’est perdu, comment elle a échappé au monstre qui avait enlevé le petit garçon. Alors que les chiffres des années s’égrènent sur un coin du ciel, Suzu grandit elle a déjà 18 ans et le petit garçon rencontré sur un pont vient demander sa main sans qu’ils se soient jamais revus. Elle accepte alors qu’elle aime son ami d’enfance devenu marin. Elle part rejoindre sa belle famille et vivre avec son mari. La vie semble s’écouler paisiblement, Suzu apprenant à aimer son mari et sa belle famille loin d’Hiroshima et des siens. Mais ce calme n’est qu’apparent, les dates se font plus rapprochées, les bateaux se font plus nombreux sur le port au loin, la guerre éclate, commence le rationnement et bientôt les alertes, les avions, les bombes…

Nous sommes loin des animations blockuster, nous sommes face à un drame, dont l’émotion est d’autant plus intense que le dessin est doux et tendre. Fleurtant avec Le Tombeau des lucioles et Le Vent se lève par la beauté du trait et le sujet, Dans un recoin de ce monde se nourrit aussi de ses pairs comme Makoto Shinkai ou Mamoru Hosoda, par l’utilisation de la musique, par la liberté du dessin et les audaces que l’animation permet. Le dessin devient l’âme même du film et de son héroïne, les dessins et les aquarelles de Suzu la relient aux personnes et aux lieux qu’elle aime, il se fait témoin des situations les plus cocasses aux plus tragiques et permet de dire l’indicible. Le dessin c’est aussi un des éléments qui lie le film au manga d’origine, le réalisateur Sunao Katabuchi a tenu à se rapprocher le plus possible du dessin de la mangaka Fumiyo Kôno, un travail qui a demandé à son équipe plus d’un an et de nombreuses recherches.

Si on attend avec impatience le nouveau film annoncé de Miyazaki, la nouvelle génération de réalisateurs japonais a su prendre son envol et s’affirmer hors des studios Ghiblis pour un cinéma plus mature, plus actuel, dont nous attendrons avec une égale impatience les nouvelles propositions. Une fois de plus l’animation n’a rien à envier aux films, c’est un nouveau médium qui permet de faire du cinéma un véritable 7e art.

Pour aller plus loin 

Le site officiel du film 

L'interview du réalisateur 

Le dossier du festival d'annecy sur le film qui a remporté le prix du jury

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