Dune de Jodorowsky ou le souffle de la création

 

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Cette semaine, c’est à nouveau la filmothèque du quartier Latin qui vient m’inspirer pour une histoire d’adaptation que j’attendais avec la plus grande impatience, Dune de Jodorowky. Cette fois-ci je ne viens pas partager avec vous mes impressions sur un film, mais sur une idée de film. D’ailleurs je ne parlerais que très peu du documentaire en lui-même, à l’image du fils de Jodorowsky, Brontis qui présidait la séance à la Filmothèque et n’a pas voulu dire un mot sur le film pour nous laisser le plaisir de la découverte. Je ne vous donnerais donc comme à mon habitude que quelques clés; quelques questionnements pour éveiller votre curiosité.

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J’aimerais commencer tout d’abord par l’idée du film avant le documentaire lui même et les attentes qu’il avait provoqué chez moi. Dune est une de mes lectures d’adolescence, c’est curieusement par la science fiction et l’héroïque fantaisie que m’est venu le plaisir toujours intact et renouvelé de la lecture. Après avoir été éveillée par la lecture d’Edgar Poe au collège je plongeais avec délice dans la bibliothèque de mon grand frère où se côtoyait des livres à la couverture dorée, argentée, aux dessins chatoyants ; souvenez-vous les couvertures cartonnées à l’intérieur des livres qui présageaient des univers inconnus et fascinants. Dans cette bibliothèque, les longues saga étaient reines : Fondation, Robot, et bien-sur Dune et ses 7 livres. Loin de rebuter mes jeunes années je plongeais dans les sables d’Arakis et apprenait à connaitre la dynastie des Atréides. Dune pour moi fut la révélation de l’omniscience et de la force du subconscient, je restais frappée par les visions que Paul avait du futur, un futur incertain fait de vagues dont seulement quelques parties sont connues, un futur à plusieurs voies qui impose des choix plus que cornéliens. L’éducation de Paul par Duncan Idaho était la mienne et je me prend encore à penser à ne jamais tourner le dos à une porte quand je suis plongée dans un travail, comme le préconise le maître d’arme. Dune fut aussi l’apprentissage de la déception, après avoir dévoré les 6 premiers livres, je fut extrêmement déçue par le septième et la fin du livre, à cette âge je n’avais pas bien compris les considérations métaphysiques de Dune. Vous comprenez donc que mes espoirs face à l’adaptation d’un de mes livres de chevets étaient grande, j’avais comme la plupart d’entre vous étaient déçu du pastiche fait par David Lynch, je brûlais donc de savoir ce qu’aurait pu être Dune dans les mains de Jodorowsky et surtout avec les dessins de Moebius.

Verdict en un sens mes attentes ont été plus que comblées mais ce ne sont pas celles qui présidaient à la lecture du livre. Réponse laconique je vous l’avoue, mais sans vous dévoiler un des nombreux traits d’humour du documentaire, le livre était bien loin des préoccupations du réalisateur et de “ses guerriers”. Réalisateur qui aurait pu choisir comme il le dit “Don Quichotte” aussi bien que Dune, livre qui comme vous le savez à lui aussi un effet destructeur au cinéma, film inachevé d’Orson Welles et film maudit pour Terry Gilliam.

Dune de Jodorowsky par Franck Pavich est bien plus que le récit d’un film maudit, c’est une entrée pure et simple dans la création, une plongée dans l’art et la passion. Les paroles de Jodorowsky sont tel un feu qui anime la pellicule, on comprend aisément comment tel un gourou il a rassemblé pour faire ne serait-ce que le storyboard des personnes tels que Moebius, Chris Foss ou l’inquiétant Giger. Dire que le film est un film maudit est en fait faux, le film s’est bien réalisé, sous le pinceau de Moebius que Jodoroswky a utilisé comme une caméra. Des heures et des heures de travail qui ont donné un storyboard d’une rare beauté ou chaque mouvement est détaillé.

En réalité c’est l’opposé d’un film maudit car celui-ci est encore vivant et c’est une source d’inspiration inépuisable. La métaphore avec l’épice est d’ailleurs saisissante, ce rêve de film hallucinant, fou a donné naissance à un script qui est à présent distillé par touche dans les productions d’Hollywood depuis Blade Runner, Alien et La Guerre des Etoiles. A la manière de l’épice seule source de revenue d’Arrakis qui offre la prescience et permet les voyages interstellaires, le script de Dune est devenu la source des futurs films de science fiction. Une source si jalousement gardée qu’on la tient pour disparue, sur les 10 scripts réalisés seul deux sont identifiés, les 7 autres trône surement dans les studios de la Warner peut être même de Disney approchés tout deux pour la réalisation du film. Au delà même du script, “les guerriers de Dune”, c’est ainsi que Jodorowsky appelait l’équipe assemblée autour du film et le réalisateur lui-même ont insufflé le souffle créatif du film dans leur propre réalisation. Sans la collaboration Moebius, Jodorowski pas de l’Incal, la bande dessinée qui a révolutionné la bande dessiné de science fiction pour adulte. Giger avec la maison des Harkonnen donne naissance à Alien. Chriss Foss avec ses vaisseaux est un artiste reconnu qui a lui aussi collaboré pour Alien, mais aussi plus récement pour AI intelligence Artificielle et même le blockbuster les Gardiens de la galaxie.

Certe on ne peut nier que le refus des studios qui a stoppé la réalisation du film fut une épreuve pour chacun de ces guerriers, mais ce que l’on retiens du documentaire c’est une formidable aventure humaine sous l’égide de la création. La preuve de la force de la passion qui donne naissance à un projet fou, visionnaire, qui tel l’épice nous promet encore de beaux voyages interstellaires.

 

 

 

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