Fritz Lang - Métropolis - Meribs on Cinema

Fritz Lang – Métropolis

Après un mois de janvier consacré à Fritz Lang par les cinémas actions, je ne pouvais passer à coté de ce réalisateur qui s’est si bien illustré dans le cinéma expressionniste, même s’il réfute cette appellation, et outre atlantique dans le film noir. Pour le film du mois de février j’ai donc décidé de vous parler d’un de ces films les plus connus et celui qui a inspiré tant d’autres films : Métropolis.

Poster - Metropolis_10

Poster Métropolis / Naissance du robot à l’image de Maria

Métropolis est le premier film muet que je suis allée voir au cinéma, je voulais le voir à tout prix avant d’aller voir avec le groupe un soir un musée un verre l’exposition Métropolis à la cinémathèque française, qui figure parmi nos tout premier SMV, j’eu d’ailleurs le plaisir d’écrire sur cette exposition sur le blog Carpewebem. J’ai donc comme vous pouvez le voir une longue histoire avec Métropolis et pour écrire cet article, c’est à la cinémathèque que je suis revenue pour en savoir un peu plus sur ce personnage et sur ce film. Avant de vous parler du film d’ailleurs, je vous avouerais que j’étais assez étonnée de l’accueil du film par la critique et même de l’avis de Fritz Lang sur son propre film dont il avoue ne pas aimer la fin. Pour vous donner un exemple l’écrivain H G Wells l’auteur de formidables livres de science fiction tel “La machine à explorer le temps”,”La guerre des mondes” qualifie ce film :

“le film le plus stupide qu’il ait vu”

“progrès technique servi avec une sauce sentimentale”.

Ce sentimentalisme qui déplait aussi à Lang est dû à sa co-scénariste et épouse Théa Von Harbou.  Cependant au delà du scénario lui même, les trouvailles de Lang et son travail sont loués, c’est d’ailleurs Lang lui même qui met personnellement la main au trucage ; dans les prises de vue aérienne, les voitures, les avions sont déplacés à la main dans un vieux studio à verrière.

Avant de revenir sur la critique du film, sur ce qui intéressait Fritz Lang et surtout sur sa postérité, quelque mots sur le scénario qui je vous l’avouerais ne m’a pas du tout déçu, tout comme le film que je place au panthéon des films à voir.

Dans une ville partagée entre ville haute et ville basse, les ouvriers se tuent à la tache sous le regard du grand industriel qui à batti la ville, alors que les fils des grandes familles mènent une vie de luxe et de divertissement. Jusqu’au jour où le propre fils de l’industriel Freder croise Maria une fille d’ouvrier, militante venu plaider la cause des ouvrier, accompagnée d’enfant, dans la ville haute. Si celle-ci se fait éconduire par les gardes, Freder est touché en plein coeur et va tenter de la retrouver en descendant lui même dans la ville basse. Il va se rendre compte alors de la misère des ouvriers et assister à leur mort. Le coté infernale des machines est d’ailleurs renforcé par les décors et les effets spéciaux qui en font alors une bouche tout droit sortie des enfers. Ne pouvant convaincre son père de mettre fin à ces cadences infernales, il décide d’échanger sa place avec un ouvrier, il assiste alors à leur réunion secrète et y retrouve Maria qui prône l’entente entre les classes. L’histoire pourrait se poursuivre ainsi sur la lutte des classes mais nous sommes dans un film de science fiction, le père ayant reconnu son fils parmi les ouvriers demande à celui là même qui a conçu les machines infernales de Métropolis de créer un robot à l’image de Maria qui viendra la remplacer et corrompre le peuple qui l’écoute et le fils amoureux.

La confrontation entre le père industriel et l’inventeur un peu sorcier marque un tournant dans le film, car les deux hommes ont été amoureux de la même femme Hel qui a choisit l’industriel et est morte en donnant la vie à son fils.  Le robot que le père demande au sorcier de créer est déjà une réalité pour le sorcier qui l’avait façonné à l’image de Hel et qui se voit obligé de lui donné les traits de Maria, mais si le sorcier abdique c’est pour mieux se venger par la suite grâce à ce robot qui doit marquer la fin du règne de l’industriel.

C’est cette confrontation entre la magie personnifié par l’inventeur et la modernité qui intéressait Fritz Lang. Si il n’avait pas pensé au public, il aurait approfondi la part de magie. Au moment de la création du robot quand les forces maléfiques s’échappe du robot il voulait aller plus loin, en faire une vrai boite de pandore avec ; les démons libérés, les péchés capitaux, la mort sortant de la cathédrale. Au final n’ayant pu faire ce qu’il voulait il dira que le film souffre d’une rupture de style. Cette rupture et cette dichotomie est d’ailleurs notée par Bunuel pour qui ce sont :

“deux films collés par le ventre”.

Au final si le scénario a pour certain et pour Fritz Lang lui même des imperfections, il reste un film aux impressionnantes trouvailles notamment dans les décors, l’athmosphère, qui vont être à l’origine de la postérité du film. Ce qui m’a frappé en effet quand j’ai vu pour la première fois ce film ce sont les décors de cette ville futuriste et dès les premières images ce sont deux films bien plus récents qui me sont venus en mémoire. Le premier qui doit beaucoup à Métropolis tant dans les décors semble-t-il que dans certaine partie du scénario, c’est le film d’animation le Roi et l’oiseau, réalisé par Paul Grimault avec les dialogues de Prévert. Nous sommes dans un royaume certe mais un royaume dominé par la technologie et les robots. Le roi et ses sujets vivent au château dans la ville haute, tandis que les pauvres gens vivent sous terre et n’ont jamais vu la lumière du soleil. Dans le second film c’est surtout la parenté des décors qui frappent, la ville futuriste de Blade Runner est en tout point inspirée par Métropolis, la ville haute et la ville basse est aussi présente dans ce film. Si vous voulez en savoir plus sur ces décors je vous incite à relire l’article que j’avais fait pour le blog Carpewebem et surtout de vous plonger dans le site internet de la cinémathèque et ses pages consacrées à l’exposition , ainsi que son site consacré au robot de Métropolis.

Au delà du scénario, des décors, de sa postérité, ce film permet d’entrer dans l’univers de Fritz Lang, qu’il déploiera par la suite dans ses films noirs en Amérique : son goût pour l’exotisme, son don pour le suspens, ce rapport entre le réalisme et fantastique. Pour Fritz Lang :

” tout film doit naître de son époque pour être efficace”.

Je terminerais par une dernière citation de Fritz Lang qui se rapporte à la création elle même, à la veille de la première il définit alors le cinéma comme :

” une somme de travail, de passion et de volonté artistique”.

Si le film rencontre à sa sortie un échec auprès du public, il apparaît à présent comme une oeuvre phare pour l’histoire du cinéma comme le rappelait le commissaire de l’exposition à la cinémathèque. Oeuvre impressionnante par sa technique, son esthétique, effrayante par son aspect prémonitoire face à la montée du nazisme. Nous avons la chance de pouvoir la voir en version restaurée fidèle à son sens originel.

 

 

 

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