Jenny, Prévert, Carné, un premier film prémisse de chefs d’oeuvre à venir

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Carné est né en 1906, il nous reste encore quelques jours pour fêter les 110 ans du cinéaste. Fort heureusement le cinéma Mac Mahon a choisi de lui rendre hommage avant de passer à la nouvelle année. Une belle idée qui me pousse enfin à vous parler de Carné sur le blog ! Il fait partie, comme vous pouvez vous en douter, de mon panthéon et j’avais hâte de vous en parler. C’est donc grâce au Mac Mahon et à cette première présentations par un spécialiste de Carné que je vais enfin pouvoir aborder ce grand cinéaste sur le blog.

Je commence donc avec le premier film de Carné, Jenny, il n’a alors que 30 ans ce qui est un très jeune âge pour l’époque d’avant guerre. Ce film marque la première collaboration du duo qui deviendra mythique : Prévert et Carné. Carné est alors assistant de René Clair ( La beauté du diable, Les Grandes manoeuvres ) et de Jacques Feyder ( L’Atlantide, La Kermesse héroïque ). Le film se monte grâce à la femme de Feyder, mais c’est l’appel à Prévert qui va changer le destin du film. En effet, le producteur impose un scénario tiré d’un roman de gare, Carné a alors la prescience de faire appel à un tout jeune écrivain ; Prévert découvert au théâtre avec le groupe octobre. Ce qui aurait pu être un échec marque le premier succès du duo. Succès publique avec 6 semaines d’exclusivité dans un grand cinéma de la capitale. Succès d’estime de la profession qui lui fait manquer de peu le prix Louis Delluc qui venait d’être créé et qui sera remporté par Jean Renoir pour les Bas fond. Difficile en effet de concurrencer Jean Renoir quand on est un jeune cinéaste. Le prix Louis Delluc Carné le remportera deux ans plus tard pour Quai des brumes, dont nous verrons les liens avec Jenny. Pour l’heure, tradition oblige voici les premières minutes du film.

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Jenny, commence à Londres un jeune homme quitte sa fiancée, le mariage ne se fera pas. Les parents semblent reprocher le métier de la mère de la jeune fille. La jeune fille pense que c’est une simple excuse du jeune homme pour mettre fin à leur relation. Elle joue l’indifférence et parle de son retour à Paris chez sa mère. La romance se termine sur un air anglais, on quitte Londres pour Paris, la chanson anglaise est reprise par un jeune garçon, en français cette fois. Alors qu’il chante, une femme écoute sa chanson depuis sa fenêtre. Sa servante entre, elle lui annonce que se fille rentre après 6 ans à Londres. C’est Jenny la mère de la jeune fille, elle parle de sa fille, pianiste et bien rangée ce qui ne semble pas être son cas. On apprend alors que Jenny est tenancière d’une boîte dans Paris où la bonne société vient s’encanailler. Elle le cache bien sûr à sa fille qui pense que sa mère tient un restaurant tout à fait respectable. Mais ce n’est pas le seul dilemme auquel doit faire face Jenny, la boîte va mal et ce n’est pas son amant qu’elle entretien qui va arranger les choses. Comme toute boîte, elle a aussi son patron vaguement mafieux vaguement amoureux de Jenny ne supportant pas le bellâtre entretenu. Comme vous pouvez le deviner le jeu qui est sur la table annonce le drame… et si la fille apprenait tout et si le patron sévissait… tant de fils qui vont se dénouer sur les paroles de Prévert.

Sur de nombreux points Jenny annonce les chefs-d’oeuvre à venir et surtout Quai des brumes. Déjà la brume des docks de Paris qui sera magnifiée dans Quai des brumes avec les quais du Havre, le bar de la Marine lieu de rendez-vous dans les deux films. Mais aussi certains personnages dont les traits seront renforcés dans Quai des brumes. Alors que Lucien dans Jenny est seulement un homme qui profite de son amante. Il révèle un coeur bien plus pur que ce que l’on pouvait penser quand il rencontre le véritable amour. Lucien dans Quai des brumes s’est mué en petite frappe, fils de bonne famille qui a tourné mal. Il est devenu un être mesquin qui se prend pour un caïd, dont les associés se moquent ostensiblement. L’Albinos client rêvé de Jenny qui pense à voir à faire à une jeune fille du cabaret et s’en prend en fait à la fille de la tenancière, annonce le personnage de Zabel. Si l’Albinos a surtout un air malsain, Zabel est au delà du personnage malsain, il respire le crime et la perversion.
Quand aux personnages secondaires, on retrouve celui du vagabond toujours soûl, si il montre la belle âme de Lucien dans Jenny, son rôle est renforcé dans Quai des brumes jusqu’à le retrouver tout au long du film à chaque moment clé de l’intrigue. Autre personnage secondaire qui a son importance celui de l’homme mélancolique, désabusé qui détient la parole et la poésie de Prévert. Chez Jenny c’est le bossu dont la poésie est quelque peu sordide, dans Quai des brumes c’est le peintre poète dont la poésie vire au tragique. Tout deux semble en quelque sorte annoncer la quintessence du personnage de Prévert : Baptiste dans Les enfants du paradis dont la poèsie atteint le sublime.vlcsnap-2011-12-10-12h48m26s35

Quelques mots pour finir sur un élément important de la mise en scène de Carné que l’on retrouve dans Quai des brumes et dans tout ses autres films : la manière de sublimer les duos amoureux. Par les gros plans sur le visage des actrices dont la beauté est alors mise en lumière comme jamais et par le clair obscur qui joue sur le visage et la silhouette des amants. Par cette lumière et cette mise en scène l’amour est magnifié par Prévert et Carné.

Toutes ces comparaisons vous auront surement donné envie dans savoir plus sur Quai des brumes. C’est justement le film dont je vous parlerais dans un prochain article. D’ici là je ne saurais trop vous conseiller de vous precipiter au Mac Mahon pour cette sublime retrospective et de parcourir la mine d’or Marcel Carné.com

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