La jeune fille sans main, quand l’animation transcende le 7e art

Une nouvelle année commence et le blog fête à présent ses trois ans. Avant d’aborder un nouveau film avec vous, je vous souhaite à tous cher lecteur une merveilleuse année 2017, tous mes voeux pour de belles rencontres autour du 7e art ! En parlant de belles rencontres et d’art, mon premier film de l’année rassemble toutes ses qualités et bien plus encore, comme seul le cinéma d’animation sait le faire. Et oui l’animation pour entamer cette nouvelle année du blog et donner toute son importance à cette thématique qui s’est révélée tout au long de la vie du blog.

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Parlons donc du film et de ses premières images.

Contrairement à mon habitude je ne ferais pas simplement le récit des premières minutes du film mais je mêlerais aussi la technique, celle-ci étant indissociable et faisant parti de l’histoire elle même. Avant même de voir apparaître le titre du film, les bases de l’intrigues sont posées ainsi que les particularités du médium choisi. L’écran n’est plus un écran de cinéma mais un papier d’aquarelle sur lequel vient se déposer des touches, des traits de pinceau qui dessinent une famille, une enfant qui né et qui grandit, cette enfant plante avec son père un pommier qui fera à la fois son bonheur et sa perte. Le titre apparaît, il est peint lui aussi : “La jeune fille sans main”, le conte des frères grimm peut alors se déployer dans toute sa cruauté et sa beauté. Le film s’ouvre sur le moulin tari, le père est allé couper du bois, la jeune fille grimpe sur son pommier pour admirer le ciel, elle est belle et sereine, le dessin se brouille alors pour rejoindre le père à son ouvrage. Il se lamente, il a faim, un porc apparaît il tente de le tuer mais celui ci métamorphose en homme qui lui promet la richesse si il lui donne ce qu’il a derrière son moulin. Le père pense que derrière son moulin il y a seulement son pommier, hors sur le pommier il y a surtout la jeune fille qui est le réel objet du marché passé par l’homme qui n’est autre que le diable. A l’apparition du diable le dessin se brouille, se fait plus fort, la couleur se fait sombre à dominante de rouge. Elle deviendra le symbole du malin, de son approche pour prendre son bien, il est d’ailleurs personnifié par un porc noir aux yeux rouges. A cette couleur du mal s’associe un trait brouillé qui contraste avec le trait linéaire et le bleu de la jeune fille qui se fait turquoise et brillant pour renforcer sa pureté sans faille. Le meunier devenu riche par son eau changé en or, le destin de la jeune fille doit s’accomplir et le conte cruel suivre son cours.

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A la fois merveilleux et cruel, La jeune fille sans main va au delà de l’animation et du film lui même.

De prime abord le médium nous déroute, difficile de croire qu’une histoire peut se déployer en quelques coups de pinceaux, que l’on puisse suivre un personnage qui est à la fois présent et absent, un paysage qui se superpose et ne ressemble en rien à ce que nous connaissons. Et pourtant nous suivons l’histoire, nos coeurs palpitent même devant ces paysages à peine esquissés, ces traits qui révèlent en un mouvement toute leur beauté. On en vient à se dire qu’un tel conte ne pouvait avoir pour médium que celui-ci, tant par sa dureté que par sa grâce. Par ce film le cinéma d’animation déploie toute sa puissance créatrice et rend plus poreuse la frontière entre les arts. Si le même médium a été utilisé dans Princesse kaguya, La jeune fille sans main l’utilise à son paroxysme. En effet chez Takahata la disparition du trait n’intervient que ponctuellement, quand la princesse fuit laissant derrière elle des tissus éparpillés sur la neige. Ici la disparition du trait est une constante du dessin, le changement du trait nous révèle les émotions du personnage, son épaississement devient caractéristique de l’angoisse et du mal. Un exemple emblématique, la noirceur du trait et l’aplat de couleurs pour le cochon symbole du mal, qui s’oppose au trait fin et délié de la jeune fille dont les seuls aplats de couleur forme des halos presque diaphane renforçant sa pureté.             

Nous sommes donc face à un film qui va au delà des possibles et révèle toute la puissance de l’animation face au film. Alors que le film semble parfois ne jurer que par les effets spéciaux pour véhiculer une émotion forte, le cinéma d’animation à le pouvoir de donner de l’émotion par une seule touche de pinceau, comme une négation des effets spéciaux. La palette du cinéma d’animation est en réalité infinie et ce film nous le prouve une nouvelle fois. Nous sommes face ici à une oeuvre d’art animé, comme le fut en son temps un autre conte de grimm, Blanche neige et les 7 nains, premier film d’animation de l’histoire.

Entre les deux des décennies d’animation, qui renforcent toujours plus la place de l’animation. Alors que le public de l’animation changent et se fait plus adulte, la seule différence entre un film et un film d’animation réside dans son médium. Si on ne parle plus à présent de film parlant, comme c’était le cas au temps du muet, parler de film d’animation devient de moins en moins pertinent. L’animation est un genre à part entière du cinéma qui a toute sa place au côté du cinéma traditionnel. Plus encore l’animation a le don de le transcender et d’affirmer le 7e art.

    

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