Ladykillers, chef-d’oeuvre des studios Ealing

Avant de reprendre notre cycle Hitchcock, nous souhaitions nous pencher sur une autre forme de cinéma anglais, la comédie et son âge d’or personnifié par les studios Ealing. Si l’humour noir est souvent sous-jacent chez Hitchcock, il est le propre de la comédie britannique et des studios Ealing ; il faut dire que la littérature britannique est elle même emprute d’humour noir et ce n’est pas un hasard si un des chefs d’oeuvres des studios Ealing n’est autre que l’adaptation au cinéma de la pièce de théatre d’Oscar Wilde, L’importance d’être Constant, the importance of beeing Earnest, nous avions d’ailleurs pu vous dire quelques mots sur cette adaptation dans la première année du blog. Un autre chef-d’oeuvre des studios Ealing, Tueurs de Dames, Ladykillers porte déjà dans son titre une promesse d’humour noir et de parodie que nous vous proposons aujourd’hui d’approfondir.

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Photo provenant du site http://www.doctormacro.com

Avant tout quelques mots sur le film. Imaginez, un petit quartier de Londres non loin d’une gare, une petite maison face aux rails, entourée d’immeuble. De cette petite maison sort une adorable lady aux cheveux blancs, elle connaît tous les commercants de son quartier par leur nom, les saluent aimablement et de son pas lent mais décidé elle se dirige tout droit… vers le poste de police. Arrivée au poste on comprend qu’elle est bien connu et qu’elle y fait même un certain zèle à voir l’attitude condescendante et quelque peu exaspérée des policiers l’écoutant raconter qu’il n’y a en effet pas eu de débarquement d’extraterrestres et que son amie n’a pas osé venir le dire elle même. Avant de faire intervenir les autres protagonistes du film, nous voyons la gentille lady prête à se préparer un thè, prenant un marteau et donnant un grand coup à la plomberie défectueuse pour libérer l’eau, affirmant ainsi un caractère bien trempé. Arrive alors le locataire cherchant un lieu pour répéter avec son groupe, fameux professeur qui n’est autre qu’un gangster accompagné de ses associés aussi différents que comiques. Ce quintet a un plan génial qui implique notre chère lady, un vol et la gare. Mais nous sommes dans une parodie de film noir, nous savons ici que le cerveau de l’affaire à tout bien calculé sauf le facteur humain, dés lors non seulement la préparation du vol sera sans cesse interrompue par la charmante vielle dame, mais le profit même du vol se trouvera lui aussi fortement compliqué.

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Voilà ce que nous pouvions dire sur le film sans trop vous le dévoiler. Arrêtons nous sur la parodie du film de gangster et même du film à suspens cher à Hitchcock. L’arrivé du locataire fait en effet très fortement écho à un des premiers chef-d’oeuvre d’Hitchcock, The lodger, Cheveux d’or, chez Hitchcock aussi nous avons un locataire trouble dont la première apparence est quelque peu angoissante, vétu d’un chapeau et d’une écharpe qui lui couvre presque entièrement le visage. Ce qui chez Hitchcock pose les bases du suspens est ici tourné en dérision, le locataire avec ses fausses dents et son écharpe ridiculement longue et tout bonnement risible et même si au premier abord on craint pour la vie de la vieille dame, quand l’intrus vient à lui parler c’est avec gentillesse et condescandance, en parfait gentlemen qui compte bien essayer de ne pas éveiller ses soupçons. La seconde arrivée qui pose les bases de la parodie de film de gangster c’est celle du reste de la troupe, nous avons ici l’archétype des personnages de film noir : la brute sans cervelle, le lord, le jeune apprentie voulant faire ses preuves qui ici n’est autre que Peter Sellers, qui deviendra un digne représentant outre manche de l’humour anglais et enfin le gangster italien jouant avec son couteau semblant sortir du bronx aux faux airs d’Humphrey Bogart. Avec cette galerie de portraits, le film ne peut que virer à la parodie, telle les gangster pseudo-musiciens devant effectivement faire semblant de jouer des instruments dont ils sont affublés à chaque fois que la vielle dame vient les interrompre pour une petite tasse de thé et revient deux secondes après au cas ou ils préféraient du café. Par ses constantes sollicitations la vieille dame installe une certaine affection des gangsters à son égard et bien que réticents ils lui rendent service quand celle-ci demande de l’aide pour donner son médicament au perroquet. C’est d’ailleurs Peter Sellers qui vient à la rescousse et se voit mordre par le perroquet, on ne peut d’ailleurs s’empêcher de penser à une autre scène de Peter Sellers face à un perroquet, celle de The Party ou on le voit parler au perroquet et lui donner à manger, les dialogues étant rares dans ce film de purs gags, “Birdy num num” reste d’anthologie, est-ce un clin d’oeil au début d’acteur de Peter Sellers qui sait. Si c’est une parodie de film de gangster, de vol, vous me demanderez pourquoi ce titre, ce fut en effet une de mes interrogations pendant la première partie du film, mais il faut être patient et si ce quintet mal assorti réussi son coup il n’est pas sortie d’affaire et le facteur humain ne peut qu’entrainer la seconde partie et donner tout son sens au titre du film.

Mais j’en ai déjà trop dit, bien que je ne pouvais finir sans éluder le mystère du titre. Je vous laisse donc savourer ce chef d’oeuvre des studios Ealing qui est d’ailleurs ressortie en salle en octobre. Pour ma part je vais continuer mon exploration des studios et de ses chefs d’oeuvres et ne tarderais pas à me pencher sur d’autres studios anglais aux réalisateurs mythiques tel le duo Michael Powell et Emeric Pressburger. De votre côté n’hésitez pas à laisser un commentaire, à rajouter vos impressions sur le film, vos infos et si vous avez vu le remake des frères Cohen n’hésitez pas à en dire quelques mots.

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