Le Garçon et la bête quand l’animation japonaise prend son envol

Avant d’approfondir les débuts du cinéma parlant avec Pagnol, je souhaitais partager avec vous ce début d’année riche en productions animées, l’animation ayant une part importante dans ce blog ; comme vous le savez. Or ce mois de janvier à vu sortir le nouveau Mamoru Hosoda qui fera l’objet de cet article, une animation signée par le scénariste du sublime Eternal Sunshine of a Spotless mind nommé aux Oscars au coté de Vice Versa, Anomalisa dont je ne tarderais surement pas à vous parler et enfin un film d’animation français sur fond d’exploration polaire, Tout en haut du monde, qui a lui aussi de quoi plaire. Bref, un beau début d’année pour l’animation ! Celui que j’attendais avec la plus grande impatience et que j’ai donc vu en premier était le dernier Mamoru Hosoda. Aprés avoir été absolument conquise et émerveillée par les Enfants Loups, allais-je retrouver la même émotion pour le Garçon et la bête ? Verdict, si la tendresse qui émanait des enfants loups a disparu, on se laisse emporter par l’univers de Mamoru Hosada et sa quête initiatique. Le cinéma d’animation japonais à de très beaux jours devant lui.

2048x1536-fit_garcon-bete-mamoru-hosoda

Avant de poursuivre la réflexion sur le film, ses thématiques et d’interroger l’héritage de Miyazaki, quelques mots sur le film lui-même. Tout commence dans une métropole, les passants se pressent dans les rues, les grattes-ciels dominent avec leurs écrans géants, un enfant seul marche, se cogne au passant, on comprend qu’il s’est enfui de chez lui. Alors qu’il trouve refuge dans une ruelle, on revient sur les circonstances de sa fuite, on le voit prostré dans un coin, prés des cartons de déménagement, on comprend peu à peu que sa mère est morte et que des parents vont alors l’élever. On ne voit pas le visage de ses parents et l’enfant s’obstine à dire qu’il veut retrouver son père, un père absent dont sa mère avait divorcé. Alors que la police retrouve sa trace, il doit à nouveau quitter son refuge pour les bas fond de la ville, c’est alors que s’introduit le merveilleux que nous avait fait pressentir le générique de début et sa légende de feu. Une des bêtes venant du monde parallèle à cette métropole, accueillant les bêtes appelées à devenir des dieux, vient chercher un disciple dans le monde des hommes. Si l’enfant refuse l’offre, sa curiosité et son aversion des humains le font suivre la bête et entrer dans leur monde. Bien que l’enfant s’oppose à la bête on comprend qu’il deviendra son disciple et que l’enfant entame ici son passage à l’âge adulte.

Affiche Le Garçon et la Bête

Affiche le Garçon et la Bête

La question de l’initiation, du passage de l’enfant à l’âge adulte semble être un des thèmes favoris de Mamoru Hosoda, c’est le fondement des Enfants loups, confrontés eux aussi aux choix d’être pleinement l’un ou l’autre de leur parent, humain ou bête. C’est d’ailleurs il me semble une des différences fondamentales entre Miyazaki et Hosoda : alors que Miyazaki fait appel à l’enfant qui est en nous, Hosoda réveil nos souvenirs d’adolescence, le lycée fait place à l’école de Miyazaki, la douceur des thèmes musicaux d’Hisaishi font place à une musique plus rock, plus actuelle chez Hosoda. Si la nature était très présente dans Les enfants loups et semblait poursuivre un certain héritage de Miyazaki, elle est plus anecdotique dans le Garçon et la bête bien que la ville des bêtes soit resté traditionnelle et rappelle la campagne des Enfants loups. C’est surtout la ville, ses rumeurs, ses passants impersonnels, mais aussi sa bibliothèque, son lycée, son université qui marque l’univers du Garçon et la bête. Le monde d’Hosoda est aussi profondément ancré dans notre réalité, si les villes et villages de Miyazaki semblent intemporelles, les villes d’Hosoda sont de grandes métropoles bien identifiables. Ce qui rend l’entrée du merveilleux plus remarquable encore, l’homme loup et la bête contraste avec la ville, ils viennent rompre tout deux la temporalité en évoquant les dieux et les légendes. Deux temps, deux univers viennent alors se confronter, le passage à l’âge d’adulte vient faire le lien entre ces deux temps, symbolisant l’abandon de l’état d’enfance.

Ce qui relie cependant Miyazaki et Hosoda et qui reste peut être un des fondements de l’animation japonaise qui la distingue de l’animation occidentale, c’est l’absence de manichéisme. Comme chez Miyazaki il n’y a pas de bons et ni de méchants, si les bêtes semblent être violentes de prime abord, leur combat n’est pas un combat à mort, elles n’ont pas le droit de dégainer leurs sabres ; la victoire venant quand l’adversaire reste au sol plus de 10 secondes. Comme chez Miyazaki, le mal vient des humains pas des dieux ou des bêtes. Derrière les rapports quelque peu conflictuel du garçon et de la bête se cache un profond respect qui commence par l’imitation jusqu’à la compréhension totale de l’autre. L’animation japonaise offre une vision bien plus complexe et profonde que l’animation occidentale.

Sans être véritablement le successeur de Miyazaki, Hosoda se fait la voix et surtout le crayon de cet autre rapport au monde, dans un dessin d’une grande beauté. L’animation japonaise ne s’est donc pas éteinte avec le départ des deux grands des studios Ghibli, au contraire elle prend son envol, tel l’adolescent qui devient adulte. Je vous invite donc à aller voir Le garçon et la bête et à entrer dans l’univers si beau et complexe d’Hosoda.

You may also like...

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *