Playtime au delà d’un film un univers

L’été fut la saison des festivals comme nous avons pu le voir, mais ce fut aussi l’occasion d’une grande rétrospective des films de Jacques Tati, tous restaurés, par le distributeur Carlotta film. Oserais je l’avouer, je n’avais pas encore eu le bonheur de voir un film de Tati, avant la ressortie en salle de ces films. Si je compte bien voir tous les films de ce grand cinéaste, je tenais à vous parler aujourd’hui de ce qui est à ce jour mon premier Tati, Playtime.

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Je ne connaissais de Tati que ce que l’imagerie populaire nous a laissé, le personnage de Mon Oncle et des décors emprunts de modernité. J’étais loin d’imaginer que j’entrerais dans une nouvelle dimension à la fois comique et tragique. Vous l’aurez compris, ce que je souhaite partager avec vous ce sont les impressions que m’ont laissé le film au sortir de la projection et qui j’espère ne manqueront pas d’éveiller votre curiosité.

Ce qui frappe dès les premières images c’est la manière de filmer, qui met le spectateur en situation d’acteur. Sans pouvoir vraiment s’identifier à un personnage, monsieur Hulot que l’on se prend à chercher ne vient que plusieurs minutes plus tard, on suit les gags qui se déroulent dans différentes parties de l’écran. Tout semble fait pour que l’on ne soit pas face à un écran mais face à une fenêtre immense qui s’ouvrirait sur un monde parallèle. On suit alors les différentes situations comiques, monsieur Hulot, comme si on était près de lui et que l’on arpentait les mêmes carrelages luisants sur lesquels nous aussi nous pourrions glisser. C’est donc un nouveau monde qui nous est donné à voir, d’ailleurs pour l’anecdote cette ville a bien été entièrement recréée, même si elle semble faire écho au quartier de la Défense alors en construction. Cet univers est donc au premiers abord constellé de situations comiques mais sous ses dehors léger le monde qui nous est montré à quelque chose de tragique et effrayant.

La modernité sous le regard de Tati devient aseptisée, standardisée à l’extrême. C’est un monde fait de verre et d’acier où chaque ville se ressemblent, dans ce Paris les monuments ne sont qu’anecdotiques et presque irréels puisqu’on les voient seulement à travers les vitres quand les portes de verres s’ouvrent. Dans ce monde les fauteuils vont jusqu’à reprendre leur forme initiale dès que la personne assise dessus se lève, si l’on voit tout de suite le ressort comique de ce genre d’objet auquel est confronté monsieur Hulot, c’est aussi une quasi négation de l’humain. Ce rapport de la modernité face à l’humain est aussi bien marqué par la difficulté des machines, qui alors qu’elles devraient rendre la vie plus facile la complique tout autant en multipliant les boutons qui semblent ne servir à rien. Au delà de la modernité c’est aussi un monde qui a succombé a la société de consommation qui elle aussi se trouve stigmatisée sous couvert de gags. Société de consommation avec les travers du tourisme de masse qui se laisse mener par leur guide dans des immeubles tous semblables à chaque coin du monde, qui ne visite non pas les monuments mais une foire d’objets modernes. Société qui se voit dans l’obligation d’ouvrir un hôtel et son restaurant alors que les ouvriers n’ont pas encore fini leur ouvrage.

Toutefois ce que nous montre Tati n’est qu’un avertissement et au bout du compte ces personnages vont  sortir vainqueurs de ce monde aseptisé. Et au premier chef monsieur Hulot sur qui cette modernité ne semble pas avoir d’effet, il s’en amuse, s’y confronte, s’y perd mais reste lui même et s’en déjoue. Je n’irais pas plus loin au risque de trop rentrer dans le film et trop vous le dévoiler.
Je terminerais par un rapprochement qui est fait avec un autre film hautement comique, The party. Si certains passages sont en effet très similaires, le nom même des deux films faisant référence à la fête, une différence majeure s’impose : chez Tati c’est l’environnement lui même qui créé le comique au delà du personnage alors que The party est une suite de gag perpétré par le seul et même personnage le génial peter sellers.

Alors que The party est un film comique, Playtime est bien plus qu’un film comique, il va au delà même de l’idée de film pour ouvrir une fenêtre sur un autre monde. On plonge donc avec bonheur dans cet ovni, on en ressort en priant pour que ce monde ne se réalise pas. Croyez moi on regarde les monuments de Paris avec un amour renouvelé après avoir vécu quelques heures dans la ville monde de Tati. Il ne me reste plus qu’à découvrir d’autres films de ce génie du cinéma et à vous souhaiter une bonne séance !

pour aller plus loin
Le site officiel consacré a Tati tativille.com
L’emission de radio le filmographe et ses deux épisodes consacrés à Jacques Tati.

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1 Response

  1. 1 January 2015

    […] Autre magicien s’il en est que j’ai eu le bonheur de découvrir enfin Jacques Tati avec playtime. Il y aurais sûrement bien d’autres coup de coeur ciné à citer, en réalité chaque […]

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