The lodger où comment Hitchcock est devenu Hitchcock.

Après m’être penchée sur Rebecca, le premier film américain d’Hitchcock je ne pouvais que continuer sur cette lancée et partager avec vous les films d’Hitchcock qui m’ont le plus marquée. Je souhaite donc ouvrir avec vous une nouvelle thématique après la thématique screwball, voici la thématique Hitchcock.

Avant d’entrer dans le vif du sujet et de commencer cette rétrospective écrite, quelques mots sur mes premiers émois hitchcockien. Je ne vous cacherais pas qu’il a une des places les plus élevée dans mon panthéon cinéphile. Mon premier Hitchcock fut comme pour beaucoup Psychose, n’étant pas férue de films fantastiques ou d’horreurs ce fut un des films les plus angoissants pour moi. Et il reste encore un des films les plus effrayants qu’il m’a été donné de voir. Après cette première approche, c’est par les cassettes vendues chez les marchands de journeaux que j’ai découvert l’univers hitchcockien en me précipitant chaque semaine pour acheter un nouveau film. De la période anglaise, aux premiers films américains, des plus connus aux plus obscures j’ai un peu tout dévoré ; découvrant au passage un semblant de screwball comédie absolument jouissive, Mr and Mrs smith dont j’ai eu l’occasion de parler ici. Voilà pour le côté fan d’Hitchcock, a présent trêve de bavardage et commençons par un des premiers Hitchcock, The Lodger qui porte déjà en lui ce que deviendra le maître du suspens. Aspirant ici à une analyse plus poussée des films, je ferais appel tout au long de la thématique au maître lui même qui nous laisse grâce à Truffaut et ses entretiens un des plus grand témoignage sur son cinéma et sa vision du cinéma.

the lodger

A tout point de vue et selon Hitchcock lui même The Lodger est le premier Hitchcock. Son atmosphère, son obsession, ses détails portent en eux les prémisses de ce que sera le maître.

Mais commençons par le synopsis et la genèse du film. The Lodger est tiré d’une pièce qu’ Hitchcock a vu à Londres, sur une logeuse soupçonnant son hôte d’être Jacques l’Éventreur. Hitchcock a choisi de filmer l’histoire seulement du point de vue de la logeuse. Le premier visionnage du film a failli lui être fatal mais après avoir séjourné quelques mois sur les étagères de la production il a obtenu le visa après deux changements accordés par Hitchcock. Le film s’ouvre sur une victime hurlante, la caméra se déplace alors pour montrer une salle de spectacle où se jouent The curly blonde, puis l’annonce du meurtre se fait dans les médias avec des journalistes de toutes nationalités. Entre scènes de foule et scènes d’intérieur se joue la destinée de ce fameux locataire aux agissements plus que suspects.

Film muet, le son n’est pas moins important, à la musique élément indispensable du suspens, s’ajoute les créations d’Hitchcock qui souhaitait exprimait des formes visuelles au son, comme le fait de montrer par transparence les pas du locataire au dessus. Cette trouvaille d’ailleurs, est jugée pas assez subtile par le maître qui en y repensant pense que voir le chandelier bouger était amplement suffisant.
Si le son est important la couleur l’est autant, si l’époque n’est pas encore au technicolor le film n’est pas en noir et blanc mais fait d’atmosphère coloré à la manière des films expressionnistes allemand dont Hitchcock avoue l’influence : bleu du fog londonien et des scènes de plein air, ocres des intérieurs.

Sans rien vous dévoiler de plus, passons aux éléments qui font de ce Hitchcock le premier du maître. Tout d’abord le plus flagrant puisque c’est l’obsession du film et le titre même qui a été choisi pour la version française : les cheveux d’or, ce film marque le début des blondes Hitchcockiennes. La thématique aussi deviendra un leitmotiv chez le maître, l’homme traqué innocent ou non. Selon Hitchcock il donne au public l’impression d’un danger terrible qui pourrait lui arriver et l’incite à se mettre dans la peau de cet homme.

En dehors de la thématique c’est aussi dans la forme que se joue les débuts du maître. Selon lui c’est le premier film où il exerce un style. On retrouve en effet son attention aux détails à l’image de la lampe qui bouge aux pas du locataire. L’escalier qui symbolise le lien entre la logeuse, ses autres locataires et le locataire soupçonné, devient un élément central du film que l’on retrouvera tout au long de sa filmographie : escalier et verre de lait fluorescent dans Soupcons menant à l’épouse malade, escalier de la grande demeure nazi dans Les enchaînés menant a l’épouse empoisonnée, escalier de la maison de Norman Bates menant à sa mère dans Psychose.

Le style Hitchcock c’est aussi est surtout la maîtrise du suspens qui dans ce film comme dans ses successeurs rend captif le spectateur. Ici cette notion de contrainte est renforcée par l’atmosphère claustrophobe qui se dégage des scènes d’intérieur. Hitchcock est passé maître dans l’art de tromper, les innocents agissent comme des coupables et les coupables semblent innocents. Le spectateur n’a qu’un seul point de vue celui d’Hitchcock.

Premier vrai Hitchcock ce film a été acclamé comme le premier grand film britannique. Pour la suite de notre thématique nous resterons dans la période anglaise du grand maître pour découvrir un de ses premiers chef d’œuvre qui lui ouvrira les portes d’Hollywood.

Pour aller plus loin :

Le film dans le domaine public peut être visionné sur archive.org

Les entretiens Hitchcock – Truffaut à écouter après avoir vu le film sous peine de connaître la fin

Dossier sur le cinéma expressionniste allemand sur le site de la cinémathèque

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3 Responses

  1. 30 October 2014

    […] de reprendre notre cycle Hichtcock cette semaine une petite escapade sur un terrain encore jamais abordé pleinement ici la musique. […]

  2. 1 March 2015

    […] les thématiques initiées au cours de l’année. Après la thématique Screwball comédie , the Lodger annoncait un nouveau thème, oh combien, passionnant le cinéma d’Hitchcock ; un des […]

  3. 10 May 2015

    […] fait en effet très fortement écho à un des premiers chef-d’oeuvre d’Hitchcock, The lodger, Cheveux d’or, chez Hitchcock aussi nous avons un locataire trouble dont la première apparence […]

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